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Salon du livre 2013 : Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente, Hideo Furukawa

Ecrit un mois à peine après le séisme et la catastrophe nucléaire qui ont dévasté en 2011 le Nord-Est du Japon, ce livre est l’incandescente mise à l’épreuve de l’écriture face au réel et confirme avec éclat Furukawa Hideo comme l’un des écrivains les plus passionnants de sa génération.

Livre décousu, fragmenté, avec des voix, des images et des bandes sonores qui reviennent sans cesse comme Strawberry Fields Forever des Beatles.

Livre hallucinatoire et hallucinant. Ce qui n’est guère étonnant puisqu’il se situe hors du temps, dans le kamikakushi, en retrait, dans un monde parallèle. Une notion japonaise qui évoque à la fois la parenthèse, une temporalité différente et l’enlèvement des enfants. On la retrouve dans le très beau « Voyage de Chihiro » de Miyazaki dont le titre en japonais est « Sen to Chihiro no kamikakushi ».

L’auteur, originaire de Fukushima, se trouve à Kyoto au moment de la catastrophe. Immédiatement naît ce besoin impérieux de s’y rendre, « pour s’irradier de réel ». Voyage dans la région de Fukushima et voyage en lui même. Viennent alors se télescoper les héros de son précédent roman, « La sainte Famille », les époques, les images, les sons, le Japon du Moyen-Age, New York, John Lennon, des souvenirs d’enfance, les heures et les jours qui suivirent le tsunami.

A chaque nouvelle réplique, il reprend son récit au commencement. Happé par les cercles concentriques autour de la centrale de Fukushima Daiichi.

« Tu as peur? » C’est aux chevaux, rencontrés à Soma, qu’il s’adresse, des chevaux qu’il cherche à consoler, à apaiser. Chien, boeufs, chevaux, rendus à la liberté, à l’errance, abandonnés de tous.

Hideo Kurukawa écrit des romans où les animaux sont au premier plan, comme « Alors Belka tu n’aboies plus? » (l’un des évènements du Salon du Livre l’année dernière), où les personnages portent des noms d’animaux. Animaux à la fois forts et fragiles, dépendants des hommes et ayant un formidable instinct de survie.

« A trois kilomètres vers l’est se trouve la côte. Les oiseaux de la mer crient. Rien n’est en train de mourir. La mort existe, mais en cet instant rien ne meurt. » écrit-il.

Le disciple revendiqué de Borges, Garcia Marquez et Murakami nous livre là un récit singulier et troublant, inoubliable, vertigineux.

Nathalie Kissel

Lecture par Hideo Furukawa et par Ryoko Sekiguchi de « Ô chevaux, la lumière pourtant innocente »

 

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